Mercredi 16 janvier 2008

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Le shit qu'on nous vendait à l'époque portait bien son nom. Il était constitué d'au moins 50% de pneu - quand on avait de la chance - et le reste ne devait pas être bien fourni en THC. En y repensant je me demande comment je pouvais fumer ça. J'ai aussi investi une grosse partie de mon argent de poche là dedans.

La première fois que j'ai acheté du shit c'était à un petit caïd du collège. Je lui ai tendu un billet de deux cent francs - quatre mois d'argent de poche - et il m'a dit qu'il reviendrait avec mon shit le lendemain.
« Tu verras, c'est du bon, et je vais te faire une grosse part. »
Bien sûr oui, le genre d'absurdités que répète toujours un dealer à son client. Evidemment que non il n'allait pas me faire une grosse part, il allait essayer de la faire la plus petite possible pour se prendre un maximum de marge. Il essaierait de m'entuber et d'ailleurs il l'a fait, je ne vois pas pourquoi il se serait privé.

C'était un petit caïd plein de potes racailles, moi j'avais rien que ma coupe de merde et mes lunettes, deux ou trois potes pas vraiment du genre costaud et mon blouson ridicule. J'étais la victime idéale, je ne pouvais rien lui faire. Je n'ai jamais récupéré mon shit, évidemment. Ca m'a appris à être frileux.

La deuxième fois que j'ai acheté du shit c'était à un « pote. » Un type qui était dans ma classe, qui était un peu le gros dur. Il m'a dit qu'il me ferait un bout pour cent balles. J'avais pas assez de pognon alors j'ai piqué le reste dans le portefeuille de ma mère - première et dernière fois. Il m'avait donné rendez-vous sur une place, on s'est éloigné dans une ruelle et il m'a tendu rapidement un paquet bien emballé tout en encaissant mon pognon.
« Merci, ciao ! »
Il s'est tiré directement. Je n'étais presque pas surpris en trouvant le morceau de polystyrène à l'intérieur de l'emballage. Ca m'a appris à être encore plus frileux.

J'ai fini par trouver un dealer fiable et « respectable » - dans une certaine mesure, bien entendu - ce qui m'a permis de claquer encore plus d'argent dans le shit au lieu d'aller m'acheter des cartes à collectionner.

Par Duke - Publié dans : Récits
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Mercredi 16 janvier 2008

Par la suite j'ai commencé à fumer régulièrement. Comme ma coupe de cheveux s'améliorait et que j'avais fait ami-ami avec une des stars du collège on me passait plus rapidement le joint et j'avais le temps de fumer quelques lattes. C'était du shit de merde, ultra coupé et très cher, mais on était tous persuadé que c'était « du bon » parce que quelques uns jouaient les connaisseurs.
« Celui là c'est de l'aya, ça se voit parce qu'il est un peu collant et qu'il s'effrite facilement. »
C'était toujours le vieux truc noir puant, même les mecs cools se faisaient refiler de la merde par les dealers qu'ils connaissaient, et l'effet n'avait rien de terrible. On était juste un peu plus lents à comprendre et c'était parce qu'on en faisait des tonnes que c'était amusant. Je ne crois pas que j'aurais vu une énorme différence en fumant du Nesquik alors on est passé aux bangs.

Les bangs se fabriquent facilement. Il suffit d'une bouteille d'eau, d'un tube creux quelconque et d'un marqueur. En coupant le bout du marqueur et en retirant la mine on fabrique une douille, il faut ensuite l'introduire dans le tube creux lui-même enfoncé dans la bouteille. On remplit d'eau et le tour est joué.
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Avec ça on avait le véritable instrument de défonce, même avec la merde qu'on nous vendait. On allait à l'intérieur de l'église et on prennait chacun une douille. J'ai réussi à gagner un peu de notoriété en coulant mes douilles en une seule fois et sans tousser car j'avais l'habitude de la fumée. Je préfèrais ça au joint car c'était plus efficace et je n'ai jamais aimé le goût du shit. J'aimais le côté spectaculaire du gigantesque nuage de fumée que l'on crachait après chaque douille.

Il y avait quelque chose de plus dans le bang, c'était l'effet « défonce immédiate », effet que je n'ai retrouvé que plusieurs années plus tard en prenant des choses plus dures. Il n'y avait plus cette espèce d'hypocrisie du pétard qu'on pouvait fumer « pour le goût » ou pour essayer. Cette fois c'était vraiment dans l'optique d'être explosé rapidement et simplement, sans fioritures. Ca commençait déjà à devenir malsain.

Un après midi en sortant des cours on s'est mis en tête d'essayer d'en prendre le maximum, alors on est allé dans notre fumoir favori - l'église - et on a aligné une quinzaine de douilles à trois. En sortant je ne comprenais plus rien sauf qu'il y avait une voiture de police garée sur le parvis. On ne savait pas s'ils étaient là pour nous mais on a détalé comme des lapins et on s'est séparés chacun de notre côté. Je me suis réfugié dans un cyber café et j'y suis resté plusieurs heures car j'étais persuadé d'avoir la police à mes trousses. Je pensais qu'ils m'avaient photographié ou quelque chose du genre et qu'ils allaient me filer jusqu'à chez moi pour les deux grammes de shit que j'avais dans la chaussure. J'avais encore cette vision du cannabis comme drogue de mafieux.

Par la suite je suis devenu un peu parano, j'avais compris que je pouvais me faire prendre et que si ça arrivait je serai probablement fusillé par ma mère. Je suis donc resté sage un moment et j'ai baissé la fréquence des douilles afin d'éviter de me faire repérer par les profs - j'avais joué l'avare de Molière avec trois douilles dans la tronche, je pense que ça s'était vu. Il y a eu une petite période tranquille pendant laquelle personne n'avait grand chose à fumer, jusqu'à ce que je tombe sur un type qui pouvait m'en vendre.

Par Duke - Publié dans : Récits
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Mercredi 16 janvier 2008

joint-cannabis-3.jpg Il m'aura fallu encore attendre quelque mois avant de voir un vrai joint pour la première fois. Il était exactement comme je l'imaginais : gros, rond, avec une petite mèche au bout. Un type l'avait ramené près de l'église en face du collège, là où tout le monde fumait ses clopes. Il l'a allumé distraitement en tirant de grosses bouffées. Je n'arrivais pas à réaliser que j'étais en train de regarder quelqu'un se droguer, ça me paraissait hallucinant. Il s'est formé autour de lui un attroupement de personnes qui - comme moi - faisaient comme si ce n'était pas la première fois qu'ils voyaient ça.

Je regardais tourner le joint en sachant qu'il n'arriverait pas jusqu'à moi. Je n'étais pas le genre de mec à qui on passe le joint, j'étais moche, mal habillé, binoclard et pas très dégourdi. Je me faisais vanner la plupart du temps, j'avais très peu d'amis et je ne cotoyais les types cools que lorsqu'il n'y avait personne pour le voir - c'était la honte pour eux. Comme je m'y attendais, le joint s'est éteint bien avant de passer entre mes mains. Ceux qui avaient fumé rigolaient et faisaient des choses grotesques - ils en faisaient dix fois trop.

Cet épisode s'est reproduit un certain nombre de fois et j'avais de plus en plus envie de fumer. Ma peur s'était envolée car j'avais désormais conscience que l'état de défonce n'était pas comme je l'avais imaginé. Il n'y avait pas de délire hallucinatoire incontrôlable, il n'y avait pas non plus d'affalement extatique végétatif, les fumeurs avaient juste l'air con et détendu. Je voulais absolument tester.

L'occasion s'est présentée un mercredi midi alors que je sortais du collège pour rejoindre un cours particulier. J'étais pressé mais j'ai repéré un attroupement moins important qu'habituellement. Moins il y avait de monde, plus il y avait de chances pour qu'on finisse par me passer le pétard. Je me suis donc mêlé au groupe d'un air nonchalant et j'ai commencé à discuter tout en surveillant le joint du coin de l'oeil. Au fur et à mesure que celui-ci se consumait, le cercle diminuait. J'ai fini par me retrouver seul avec type qui s'efforçait de prendre de grosses lattes tant qu'il restait encore quelque chose de fumable avant de me tendre un microscopique bout de carton sur lequel était jonché une cendre incandescente. Ca y est ! J'avais enfin un joint entre les mains, mais il n'avait pas fière allure. Je tirais rapidement deux petites lattes avant de me résoudre à écraser ce machin minable puis me dirigeais vers mon cours.

Sur le chemin je n'en revenais pas, je venais de fumer le pèt' pour la première fois de ma vie. Je réprimais sans cesse un sourire victorieux sur mes lèvres afin d'éviter de passer pour un débile dans la rue et je me disais que j'étais heureux car j'étais défoncé, ce qui n'était pas le cas. J'étais attentif à la moindre sensation agréable dans mon corps, je guettais le moindre effet. Il n'y en avait aucun - et je crois qu'au fond de moi je le savais très bien - mais je croyais quand même en percevoir.

L'objectif principal était néanmoins atteint : j'avais fumé et j'avais un témoin. Je pouvais maintenant parler de drogue comme un expert dans la cour de récréation. J'étais rentré dans le merveilleux monde des gens cools qui fument du shit.

Par Duke - Publié dans : Récits
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Mercredi 16 janvier 2008

Je devais être en cinquième ou en quatrième. A cette époque je fumais quelques cigarettes par jour, ce qui était déjà une grande aventure pour moi. C'était toujours le même rituel : on allait se planquer près du port, l'un d'entre nous sortait le précieux paquet de dix cigarettes et on tirait dessus comme des buffles en jetant des regards dans tous les coins pour vérifier qu'aucun membre de notre entourage ne passait par là. On trouvait ça dégueulasse - du moins au début - mais l'adrénaline était présente à chaque fois. Je savais que je faisais une connerie et que ma mère me tuerait si elle me voyait et c'est ce qui rendait la chose intéressante.

C'est quand la clope a commencé à devenir ordinaire pour nous que j'ai entendu parler pour la première fois du shit. Je n'arrivais même pas à imaginer ce à quoi ça pouvait ressembler mais certains des plus cools d'entre nous - ceux après qui toutes les filles couraient - prétendaient en avoir déjà fumé. Au départ je ne pouvais pas me figurer qu'on trouvait ça ici, dans mon petit collège de province loin de toute métropole, pour moi c'était un truc de gangsters et ça se passait dans les quartiers chauds américains, dans des chambres minables et ruisselantes aux matelas pourris. J'étais fasciné par l'idée qu'on puisse trouver cette substance interdite si dangereuse dans les parages, et surtout par le fait qu'un gamin de treize ans comme moi puisse en posséder. Je voulais absolument en avoir un peu - pas pour le fumer car ça me faisait peur - pour pouvoir frimer et jouer au gangster.

Un matin, dans la cour de récréation, Filip - un des potes avec qui j'avais fumé mes premières clopes - m'a tiré par le bras et m'a murmuré à l'oreille « Viens avec moi, il faut que je te montre un truc. » Nous sommes allés nous enfermer dans les toilettes et, avec beaucoup de précautions, il a sorti un minuscule sachet de sa chaussette. 
« Regarde ce que j'ai choppé à Karim... »
C'était de l'herbe, je n'en revenais pas. Il y en avait moins d'un demi-gramme et ça avait l'air franchement banal. De petites herbes très fines - comme des herbes de provence - à l'allure franchement inoffensive.
Il faut toujours jouer le blasé pour paraître cool, surtout quand on parle de drogue. J'ai pris le sachet dans mes mains et je l'ai examiné de plus près.
« T'es sûr que c'en est ? Elle m'a l'air un peu claire ton herbe... T'as payé ça combien ? »
Il l'avait acheté dix francs à un grand rebeu qui traînait souvent à la sortie du bahut et qui prétendait sortir de prison pour nous impressionner. Je me suis rendu compte plus tard que c'était un tocard et qu'il ne fréquentait que les jeunes de notre âge parce que tous les types de sa cité se foutaient de sa gueule. C'était plus facile pour lui de venir faire la loi parmi nous.
Je n'avais jamais vu d'herbe de ma vie mais je faisais comme si. 
« Ca va, t'es pas trop mal servi. Tu peux faire au moins trois joints avec ça si t'en mets pas trop. »
« T'inquiètes, je sais. »
Il n'en savait pas plus que moi, évidemment. C'est toujours comme ça quand on est gosse, vous savez très bien au fond de vous que l'autre raconte des conneries mais vous voulez quand même y croire parce que c'est amusant. On se raconte des histoires de fantômes qui « nous sont vraiment arrivées » mais personne n'y croit vraiment et tout le monde le sait, on se persuade quand même que c'est la réalité parce que ça rend le quotidien plus intriguant.

Durant les cours qui ont suivi je n'ai pensé qu'à ça. Ce petit sachet de substances illicites planqué dans la chaussette d'un collégien me fascinait. A midi le mot était lâché :
« On va peut être fumer un pèt' ce soir, ça te branche ? »
Je rentrais dans l'univers de la drogue, ce soir j'allais enfin savoir ce que ça fait d'être drogué. J'étais impatient et très anxieux, on venait de franchir un palier. Filip racontait à tout le monde sur un ton détaché comment il avait « pécho » le matin, avec l'air blasé de celui qui fait ça tous les jours. On feignait tous de trouver ça très normal mais je suis sûr que je n'étais pas le seul à n'avoir jamais vu de shit de toute ma vie.

Pourtant, lors du dernier cours de la journée j'ai commencé à flipper. Je ne savais finalement rien sur le cannabis, juste que « ça rend bien et ça fait rigoler », je n'avais jamais vu personne en fumer et je ne savais pas combien de temps ça durait. Je ne voulais pas me retrouver chez moi et être encore défoncé une fois ma mère rentrée. Je ne voulais pas me faire griller mais, plus que tout, j'avais peur de la dépendance. Je savais que j'étais déjà accro à la clope et je refusais de l'admettre. J'avais peur des effets que le cannabis aurait sur moi, j'avais peur d'avoir des hallucinations et de ne plus pouvoir me contrôler. J'avais peur d'être malade et de passer pour une mauviette.

A la fin du cours j'ai remballé mon sac en vitesse et je suis parti droit devant jusqu'à chez moi. La fuite est une solution efficace à tous les problèmes.

Le lendemain - après avoir trouvé un prétexte valable pour m'être éclipsé la veille - j'ai demandé des nouvelles de notre illicite acquisition et j'appris que tout avait déjà été fumé.
« Elle déchire cette beuh, on a fumé le tout en deux joints et on a trop trippé. »
Il y avait une pointe de déception dans le récit de Filip, ça avait probablement quelque chose à voir avec le fait qu'il se soit fait refiler un demi-gramme d'herbes de Provence, mais ça il n'a jamais voulu l'admettre.

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Par Duke - Publié dans : Récits
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