Le shit qu'on nous vendait à l'époque portait bien son nom. Il était constitué d'au moins 50% de pneu - quand on avait de la chance - et le reste ne devait pas être bien fourni en THC. En y
repensant je me demande comment je pouvais fumer ça. J'ai aussi investi une grosse partie de mon argent de poche là dedans.
La première fois que j'ai acheté du shit c'était à un petit caïd du collège. Je lui ai tendu un billet de deux cent francs - quatre mois d'argent de poche - et il m'a dit qu'il reviendrait
avec mon shit le lendemain.
« Tu verras, c'est du bon, et je vais te faire une grosse part. »
Bien sûr oui, le genre d'absurdités que répète toujours un dealer à son client. Evidemment que non il n'allait pas me faire une grosse part, il allait essayer de la faire la plus petite possible
pour se prendre un maximum de marge. Il essaierait de m'entuber et d'ailleurs il l'a fait, je ne vois pas pourquoi il se serait privé.
C'était un petit caïd plein de potes racailles, moi j'avais rien que ma coupe de merde et mes lunettes, deux ou trois potes pas vraiment du genre costaud et mon blouson ridicule. J'étais la
victime idéale, je ne pouvais rien lui faire. Je n'ai jamais récupéré mon shit, évidemment. Ca m'a appris à être frileux.
La deuxième fois que j'ai acheté du shit c'était à un « pote. » Un type qui était dans ma classe, qui était un peu le gros dur. Il m'a dit qu'il me ferait un bout pour cent balles. J'avais pas
assez de pognon alors j'ai piqué le reste dans le portefeuille de ma mère - première et dernière fois. Il m'avait donné rendez-vous sur une place, on s'est éloigné dans une ruelle et il m'a tendu
rapidement un paquet bien emballé tout en encaissant mon pognon.
« Merci, ciao ! »
Il s'est tiré directement. Je n'étais presque pas surpris en trouvant le morceau de polystyrène à l'intérieur de l'emballage. Ca m'a appris à être encore plus frileux.
J'ai fini par trouver un dealer fiable et « respectable » - dans une certaine mesure, bien entendu - ce qui m'a permis de claquer encore plus d'argent dans le shit au lieu d'aller m'acheter
des cartes à collectionner.